Article #1 : Qu’est-ce qui nous fait adhérer à un discours ?
Une vidéo qui nous indigne, une publicité convaincante, un influenceur auquel on fait confiance… Comment garder un regard critique sur les messages que nous recevons au quotidien ? Le mardi 17 novembre, Les Têtes de l’Art accueillent une journée autour de l’auto-défense intellectuelle animée par Joris Darphin. En amont de cette rencontre, il partage quelques pistes pour comprendre ce qui influence notre jugement.
Formateur et facilitateur, Joris Darphin développe avec Agora Dazibao une démarche d’éducation populaire consacrée au décryptage des discours et à l’esprit critique. Son expérience d’enseignant et ses rencontres l’ont amené à chercher comment accompagner des personnes confrontées à des discours qui enferment leur réflexion, sans leur imposer ses propres convictions.
« Je ne suis pas là pour leur dire quoi penser, mais pour leur donner des outils pour penser par eux-mêmes. »
Ses ateliers proposent d’examiner les mécanismes qui influencent nos perceptions, de repérer les procédés de manipulation et d’apprendre à argumenter dans le respect du désaccord. Ces outils concernent autant les discours politiques et médiatiques que la publicité, les publications en ligne ou les échanges avec notre entourage.
Pourquoi ce message fonctionne-t-il sur moi ?
Décrypter un message demande de regarder ce qu’il affirme, mais aussi la manière dont il nous conduit à y adhérer. Joris prend l’exemple de l’effet de halo, un biais cognitif qui nous pousse à attribuer plusieurs qualités à une personne à partir d’une seule caractéristique positive.
« Il présente bien, il est sympa, il a de l’humour, donc il a raison dans ce qu’il dit, il a des bonnes idées. »
Sur les réseaux sociaux, apprécier un influenceur pour son humour ou son talent peut ainsi nous amener à accorder du crédit à ses opinions sur des sujets très différents. Prendre conscience de ce raccourci permet de distinguer notre sympathie pour une personne de la solidité de ses arguments.
D’autres procédés agissent sur la façon dont un problème est présenté. Le faux dilemme, par exemple, réduit artificiellement les possibilités à deux options.
« Tu présentes un nombre de choix limités pour orienter la réflexion. »
Repérer ce mécanisme invite à chercher les possibilités laissées de côté. L’auto-défense intellectuelle consiste aussi à rouvrir la réflexion là où un discours semble avoir déjà décidé de la conclusion.
Apprendre ensemble à décrypter les discours
Les ateliers d’Agora Dazibao s’appuient sur des extraits de discours, des contenus médiatiques et des publicités. Ils alternent apports, exercices pratiques, mises en situation et échanges entre participant·es. On y explore notamment les biais cognitifs, les arguments trompeurs et la langue de bois, en confrontant les analyses du groupe.
L’approche est participative et accessible sans connaissances préalables. Chacun·e peut apporter ses observations, essayer les outils et questionner les raisonnements proposés.
Cette démarche suppose également que l’animateur laisse une place au jugement des participant·es. Joris explique utiliser des discours issus de différents courants politiques pour travailler les mécanismes plutôt que demander l’adhésion à une opinion.
« Ça permet aux gens de ne pas se sentir jugés dans leurs convictions et puis de finalement être intéressés par le mécanisme qui peut leur servir. »
L’enjeu est de développer une capacité à débattre sans transformer chaque désaccord en affrontement, mais aussi de questionner les messages auxquels nous adhérons spontanément.
Choisir quand et comment s’informer
Reste une difficulté très quotidienne. Comment mobiliser ces outils lorsqu’on reçoit des informations en continu ?
Pour Joris, l’auto-défense intellectuelle passe aussi par une réflexion sur notre disponibilité mentale. Avons-nous l’énergie de nous documenter sur un sujet, d’en débattre ou de recevoir davantage d’informations à cet instant ? Choisir son niveau d’exposition peut aider à préserver cette disponibilité.
« Je pense que c’est important aussi d’arriver à débrancher à certains moments, à prendre des vacances intellectuelles. »
Limiter le temps consacré aux réseaux sociaux, varier les sujets ou s’accorder une pause font partie des pistes qu’il évoque. L’objectif est de reprendre la maîtrise de notre rapport à l’information et de nous donner les conditions pour réfléchir.
L’esprit critique se développe ensuite par la pratique. Comme le résume Joris, « c’est un muscle qui s’entraîne ».
Un atelier pour s’exercer et se rencontrer
Le 17 novembre, nous vous proposons de prendre ce temps ensemble avec Joris Darphin. Cette journée sera l’occasion de découvrir des outils de décryptage, de les expérimenter et d’échanger à partir d’exemples concrets.
Cette rencontre vise également à réunir les personnes et les structures qui souhaitent remettre ces questions au cœur de leurs pratiques d’éducation populaire, pour imaginer de nouvelles coopérations locales.
D’ici là, Joris nous laisse une première question à garder en tête face à un message :
« Réfléchis pourquoi ça t’est dit. Quelle est l’intention derrière ? »
🗓️ De 10h à 16h / Une journée de découverte pour les professionnel·les et acteur·rices de l’éducation populaire, de l’animation, des centres sociaux, associations, MJC et fédérations.
Nous expérimenterons une partie de l’atelier, découvrirons ses outils et sa pédagogie, et échangerons sur les besoins des structures. Cette rencontre permettra aussi d’envisager de futures coopérations locales, dont une possible formation à l’animation d’ateliers début 2027.
👉 30 places · Prix libre à partir de 0 €
Inscription auprès de Joris Darphin par mail à joris.darphin@agora-dazibao.fr
🗓️ De 18h à 20h / Un atelier participatif ouvert à toutes et tous, sans prérequis.
Deux heures pour explorer les discours qui nous entourent et échanger sur nos façons de nous informer.
👉 Inscription via le formulaire : https://framaforms.org/inscription-atelier-dauto-defense-intellectuelle-17-novembre-2026-1791386862
📍 Proposés par Agora Dazibao et animés par Joris Darphin, ces deux rendez-vous sont accueillis par Les Têtes de l’Art au Comptoir de la Victorine (29 rue Toussaint, 13003 Marseille)
Vous connaissez des collègues, bénévoles ou partenaires que ces questions mobilisent ? N’hésitez pas à leur transmettre l’information.
Pour découvrir la démarche et les autres formats proposés par Agora Dazibao, rendez-vous sur www.agora-dazibao.fr.


